L’Empire du Milieu et ses Traditions Ancestrales

Est-ce vraiment le rythme journalier de plus d’un milliard de chinois qui préoccupe tant les occidentaux? Ou bien une certaine façon de penser et de se comporter qui n’appartient qu’à eux? Pourquoi cet intérêt curieux, manifesté tout au long des siècles par l’Europe et en particulier par la France, qui depuis le XVII siècle entretient des relations diplomatiques, économiques et culturelles avec ce pays d’extrême-orient?

De tous temps, les hommes se sont interrogés sur la place de la Terre dans l’Univers, et le premier souci des civilisations traditionnelles a été d’observer la voûte céleste qui se déploie, majestueuse et souveraine au-dessus de la Terre. Magnifique dôme d’une sérénité parfaite, il rayonne le jour d’un éclat soutenu et dispense, la nuit, une poussière de lumière. Il préside aux mouvements du soleil, de la lune et des étoiles, à l’alternance du jour et de la nuit, à l’organisation des orients, des changements des saisons et de leurs climats particuliers, de lui viennent les nuages et les pluies. Les vents et les bourrasques le traversent. La terre quand à elle, mère nourricière, fournit à l’homme abri et nourriture; elle lui permet de prendre appui, d’enraciner sa lignée. Il y naît et y meurt.

Le ciel ne se conçoit pas sans la terre, comme la terre ne se conçoit pas sans le ciel. C’est à partir de cette vision du monde que s’organise le premier principe fondamental de la pensée chinoise, celui dont personne ne parle qui est partout sous-jasent : « le principe YIN/YANG ».

« Le Ciel-YANG, dispense l’émanation essentielle qui préside aux métamorphoses, la terre répand l’émanation accueillante qui complète la forme ».

Si pour ses premiers habitants, la terre s’oppose à la Mer (en latin, Terra dérive peut-être de l’indo-européen TERS, qui évoque le sec) elle s’oppose également au CIEL, mais ne peut rien sans lui, lieu de manifestation dont dépend sa propre animation. Avec lui, elle est le lieu et le symbole de la vie et de l’humanité (C’est le COSMOS, qui en grec figure l’ensemble organisé de la Terre et des Astres, face au Chaos).

La réalité cosmique et la pensée spirituelle s’entremêlent avant même que n’apparaissent des préoccupations et des influences religieuses ou politique. Ces représentations du Ciel et de la Terre, depuis la nuit des temps, l’homme chinois les a faites siennes. Le DAO (ou TAO) qui signifie littéralement la « VOIE » est à l’origine de tous les phénomènes manifestés de la vie de l’univers : Échange permanent d’influx entre le ciel et la terre, où toute vie particulière n’est qu’un aspect, un moment de ses manifestations.

L’homme, entre Ciel et Terre, en reçoit les bienfaits, en subit les influx. Son existence se déroule dans un « Vide médian », elle y reçoit les vertus de l’un et de l’autre dans un mouvement incessant. Du Ciel, l’homme possède les esprits, de la Terre, il reçoit les souffles nourriciers. Cette rencontre du ciel/terre est admirable de régularité et de silence. Elle ne fait aucun bruit et l’harmonie qui en résulte doit être l’état naturel de l’univers. La santé de l’être humain n’est que le reflet de la santé du Ciel/Terre. Voici le point de départ d’une philosophie particulière qui associe l’être humain aux mouvements de la nature, dans sa vie de tous les jours, comme dans chacune de ses expressions créatrices.

La calligraphie

L’écriture et la peinture constituent un art à part entière, même apprentissage, même techniques, même maîtrise du trait, le coup de pinceau révèle la personnalité de l’artiste, et la qualité de son QI (Energie). C’est par l’écriture que la Médecine traditionnelle a pu passer de la tradition orale aux textes qui sont parvenus jusqu’à nous. Il y a dans chaque idéogramme un ordre immuable de la succession des traits, qui doivent exprimer les mouvements qui nous animent dans la relation établie avec le Ciel et la Terre.

La peinture

Son rôle est de décrire avec exactitude la réalité d’un paysage, et de créer un microcosme plus réaliste que la nature elle-même. Dans la nature comme dans l’Univers c’est la présence du vide qui permet aux souffles de circuler, au YIN/YANG d’opérer. Cette notion de vide, est un principe essentiel de la pensée philosophique chinoise.

La médecine

Pour surprendre le mystère de la vie, en comprendre les mécanismes, en corriger les anomalies, il suffit d’être en accord avec les grands mouvements du Ciel et les transformations de la Terre, et d’en suivre les mutations. Telle sont l’origine et les fondements de la médecine traditionnelle chinoise.

Les origines de la médecine chinoise

On attribue l’origine de la médecine chinoise à un empereur mythique, HUANG DI (l’empereur jaune) qui reçut de son premier ministre QI BO Initiation et Connaissance de la science médicale. Tout au long des siècles plusieurs grands médecins chinois ont laissé de nombreux écrits, nous citerons en particulier :

HUA TUO 110-207, qui fut l’un des plus grands chirurgiens de la Chine antique. Il pratiqua l’acupuncture, la moxibustion, la pharmacopée, la diététique. Chirurgien, il opéra les intestins. Anesthésiste, il élabora un produit pour calmer la douleur. Il mit au point une série d’exercices de santé (les 5 animaux) à base de mouvements à visée thérapeutique qui fut à l’origine du TAI QI JUAN.

SUN SI MIAO 590-682, poète philosophe et médecin. Il parcourut les provinces pour recueillir les recettes populaires; Il écrivit en particulier, » Prescriptions valant mille onces d’or » qui décrit les bienfaits de l’acupuncture et de la moxibustion. » La vie est mille fois plus précieuse que l’or, c’est donc un acte grand et vertueux que de sauver la vie avec une prescription médicale » disait-il.

Les principes secrets du Tao :

Les deux principes fondamentaux qui structurent la médecine chinoise s’établissent à partir de ce concept Ciel/Terre.

1° LA THEORIE DU YIN-YANG
Deux modalités d’expression du monde vivant, qui s’engendrent et se dynamisent. A la fois complémentaires et antithétiques, ces deux principes peuvent être considérés, bien que ce point de vue soit très réducteur, comme un système de classification de toutes choses, allant du plus matérialisé à l’indicible, dans un ordre non exhaustif.

Exemple : Au YIN correspond la Terre, la Lune, le Froid, le Sombre, la Nuit, la Lenteur, le Statique, la Femme, le Nord, l’Ouest. Au YANG correspond le Ciel, le Soleil, la Chaleur, la Lumière, le Jour, la Rapidité, le Dynamisme, l’Homme, le Sud, l’Est.
En médecine chinoise classique, on tiendra toujours compte de ces deux principes dans leur fonction jumelée d’engendrement, d’opposition et d’évolution de l’un par l’autre dans un rythme de croissance et décroissance : passage du jour et de la nuit, du froid au chaud, de la surface à la profondeur.

2° LA THÉORIE DES 5 MOUVEMENTS
Présente une organisation des manifestations terrestres liées aux influences du ciel, c’est à dire les saisons et leurs climats, leurs productions et transformations.

Les quatre orients, comme les quatre saisons, permettent au Yin et au Yang d’opérer.

Avec le printemps qui correspond chez l’homme à la Naissance. A l’aube, le Vent d’Est chantonne sur la 3ème note JIAO, dans les branches des arbres. Il s’agira pour la nature, de la germination et de la croissance du Bois et des végétaux, avec l’apparition de la couleur verte, l’air sera tiède et venteux.

L’été, qui correspond chez l’homme à la Croissance, sera représenté dans la nature par Un vent Chaud venant du Sud. La 4ème note ZHI résonnera tout le jour dans un ciel de feu, alors que la végétation se parera de fleurs rouges.

L’automne correspond pour l’homme au déclin de sa vie. Au crépuscule, un vent frais et sec, vient de l’Ouest pour dessiquer et faire tomber les feuilles des arbres, les souffles de l’énergie font résonner la 2ème note SHANG. Le métal blanc de la faucille coupe les gerbes d’épis murs.

En hiver, qui correspond chez l’homme à la mutation, ( il n’est jamais question de mort pour les chinois, mais plutôt d’un retour aux 10.000 ÊTRES-façon de comptabiliser l’humanité-). La nuit, le Vent du Nord fait entendre la 5ème note YU, le froid saisit la nature, les animaux hibernent, les graines sont enfouies dans l’obscurité au plus profond de la terre, dans l’attente du renouveau du printemps qui fera rejaillir les manifestations extérieures de la vie.

Cette présentation poétique rend bien compte de la qualité d’observation du quotidien. Comme les saisons sont les produits de la rencontre du Ciel et de la Terre, la rencontre du souffle essentiel qui monte de la terre, avec celle de l’esprit qui descend du ciel va permettre l’animation des êtres vivants par des mouvements et des échanges, utilisés en permanence dans la médecine chinoise classique, grâce à l’intervention d’un cinquième « larron » : la notion de vide médian sans lequel aucun mouvement, aucune transformation ne peuvent se faire.

Ce 5ème élément qui vient s’immiscer entre chaque saison et plus particulièrement en fin d’été est aussi appelé été prolongé (SHANG XIA)-C’est notre « été indien ». Il joue un rôle primordial dans l’équilibre de la vie humaine. La 5ème saison est propice à la réflexion, l’humidité de l’air est embaumé du doux parfum de la fleur de jujube, elle favorise la transformation de toute chose, au rythme de la 1ère note GONG.

Originalité du diagnostic chinois

La médecine chinoise classique s’appuie sur quatre principes diagnostiques à partir desquels elle peut faire un bilan, point de départ d’un projet thérapeutique. L’observation du sujet, de son comportement, de son attitude, de son visage, de la couleur du teint, de la texture de la peau, de ses yeux et de sa langue, ainsi que de la présence éventuelle d’un enduit lingual.

L’interrogation sur les symtômes, l’ancienneté de leurs apparition, les maladies et troubles annexes, les traitements antérieurs, mais aussi l’attrait pour certaines saveurs alimentaires, certaines couleurs, enfin la profession, les conditions de vie, le milieu social, sont autant d’indications qui permettent d’avoir une juste représentation de ce sujet souffrant. L’écoute du timbre de la voix, de la respiration et la recherche des odeurs corporelles peut renseigner sur la nature de la maladie. La palpation de l’abdomen, des trajets de méridiens permet de révéler des zones de blocages.

La palpation des pouls radiaux doit venir confirmer le diagnostic déjà constitué par tous les éléments précédents. Les pouls rendent compte de l’activité des organes. Situés sur l’artère radiale, il y a 6 pouls sur chaque poignet, pouvant varier de niveau de profondeur, de force, etc…Il y a 28 qualités de pouls qui varient en fonction des saisons, des pathologies, et de l’état émotionnel du sujet. Les notions de VIDE et PLEIN, de SURFACE et PROFONDEUR, de CHAUD et FROID sont également à considérer dans l’établissement du diagnostic.

En occident on s’accorde a donner le beau nom de scientifique à la connaissance qui peut se prévaloir de sa rigueur, qui peut subir sans faillir l’épreuve de la critique, qui montre sa rationalité par sa cohérence!. Par nature, cette connaissance scientifique serait universelle et conviendrait à tous les esprits, sans tenir compte des différences culturelles, lesquelles peuvent cependant aisément expliquer que nos évidences et nos définitions d’occidentaux ne collent pas toujours à la réalité de chacun.

Ainsi les descriptions poétiques de l’anatomie humaine dans les plus anciens textes chinois, fruit de la logique chinoise du vivant, peuvent paraître à certains esprits scientifiques héritiers du siècles des lumières, quelque peu obsolètes. La différence culturelle des chinois manifeste des vues sur le réel, qui sont des choix de l’esprit. Ces visions peuvent être multiples, elles n’en sont pas moins authentiques, enracinées dans une tradition millénaire qui perdure jusqu’à nos jours, même si les chinois modernes ont amorcé un mouvement vers les techniques et la science occidentale. La Psychologie s’intègre dans un traitement général, car la civilisation chinoise ancienne, comme celle de l’Egypte ancienne, très avancée en médecine, n’ont jamais séparé la physiologie du corps de celle de l’esprit.

Dans la conception énergétique chinoise, les émotions engendrent des mouvements d’énergie perturbateurs, qui peuvent bloquer plus ou moins durablement la circulation dans les organes en particulier dans le foie dont un des rôles physiologique est de drainer les émotions, et de réguler les sentiments. En cas de trouble, la colère fait monter l’énergie dans le haut du corps (c’est le coup de sang).

La joie la disperse.
La tristesse et les soucis, l’inhibe.
La réflexion la concentre.
La peur la fait descendre.
L’état de choc la fige.

La médecine chinoise a donc pouvoir, en améliorant le fonctionnement des organes et la circulation dans les méridiens, de réguler et réharmoniser les émotions, de calmer les passions et d’influencer les sentiments.

Diététique et Gastronomie chinoise, sont les arts de la nutrition comme la pharmacopée, ils utilisent les critères de saveurs, nature, tropisme et toxicité, appliqués aux aliments, et certains restaurants établissent des menus curatifs prescrits par des praticiens. Il est recommandé de choisir viandes légumes et fruits, dans le respect des saisons, ce qui paraît bien loin de nos préoccupations, nous qui consommons des fruits rouges au plus froid de l’hiver, maintenant que la rapidité des transports nous apporte en décembre des fraises du Chili!

Les saveurs jouent un grand rôle dans certains régimes. L’association des 5 saveurs (acide, amère, douce, piquante et salée) peut réharmoniser et complèter un traitement principal d’acupuncture ou de pharmacopée. Le mode de cuisson occupe une place importante, car il peut modifier la nature de l’aliment, selon que celui-ci est bouilli, frit, grillé, ou rôti, cuit à la vapeur, etc…

Source : http://www.chenmen.fr